Berserk – 100 % pur Sang culte ?
Berserk/Beruseruku est l’un des premiers mangas à avoir vu le jour en France, un petit bijou de violence brute qui fait rêver les fans depuis maintenant 17 ans. Mais est-ce juste de la violence gratuite destinée à assouvir les pulsions primales d’une bandes d’ados décérébrés ? Kentarou Miura, son auteur, n’est-il que cet autodidacte pervers fan de viol, d’éventrations et de jeux vidéo qu’on décrit souvent ? Découvrons ensemble le pourquoi du comment de ce manga plus complexe qu’il n’y paraît au premier regard : attendez-vous à quelques surprises !
Trois versions pour un manga
Trois versions ? Oui, une première édition est en effet sortie en 1995 aux Éditions Samurai, un éphémère éditeur issu de la librairie parisienne éponyme. Seul le premier volume de la série était paru parmi une ribambelle de titres de SF et de fesse publiés à la va-vite. Ce premier essai est marqué par une traduction plus que moyenne et une absence de droits… On dit souvent que cette tentative désespérée n’était rien de plus qu’un petit plaisir que les gérants de la librairie Samurai se sont payés sur la bête alors que celle-ci était déjà en faillite (et donc en cessation de paiement) et de fait à l’abri des poursuites éventuelles. Nous ne polémiquerons pas sur ce sujet ni sur la réapparition des mêmes personnes dans une librairie du nom de Red Sun (on a rien vu…). Cette première version est désormais un collector (si-si…) recherché par les collectionneurs voulant posséder TOUS les manga parus en France, et son prix peut atteindre plus de 20 € sur eBay (une prouesse pour un manga vendu moins de 50 cents dans les solderies…). La seconde édition (souvent appelée première version par les internautes) est sortie en 2002 chez Dynamic Visions (le Dybex d’aujourd’hui). Après 6 volumes le manga est abandonné avec toute la ligne manga de l’éditeur belge pour de nombreuses raisons issues de la cuisine interne du groupe Dynamic : ce qui nous regarde assez peu finalement… Le groupe Dynamic, le bébé de Go Nagai (Devilman, UFO Robot Grendizer/Goldorak), qui s’occupe à la fois de la sauvegarde et la distribution de ses manga, des séries animées adaptant ses concepts partout dans le monde et de la vente de manga et DVD (faut bien manger…). Le siège européen de la société est très logiquement en Italie, le cœur de la culture manga européenne jusqu’en 1998. Pour l’anecdote, Kentarou Miura est fan de Go Nagai et son œuvre emprunte largement à Violence Jack/Baiorensu Jakku, manga qui est aussi cité par Buronson, le scénariste de Hokuto no Ken/Ken le Survivant, comme l’un de ses préférés. Cette version souffrait de gros problèmes d’adaptation (Gats ou Guts, Pak ou Puck…) et d’une traduction à peine supérieure à la version Samurai (on murmure que le passage de l’italien au français en serait la cause). Ce manga est comme pour la version Samurai en sens de lecture européen et le format d’origine n’est pas respecté.
La dernière version en date est celle signée Glénat (2004-20xx), 17 volumes sur 32 sont sortis pour le moment. La grosse différence avec les versions précédentes est la cible visée : le manga est désormais distribué uniquement sous plastique, il est clairement étiqueté comme une œuvre pour adultes et la traduction est, paraît-il, réalisée par un fan issu de la scène scantrad (de la Team Iscariote ?). Conformément aux accords signés avec Hakusensha qui ont permis à Glénat de remporter le morceau face à Tonkam (ça et le prix au volume), le manga est en format bunko (comme l’original) et en sens de lecture japonais.
Kentarou Miura
Biographie
Miura Sensei est né le 11 juillet 1966 à Chiba. Comme de nombreux dessinateurs partout dans le monde, c’est à 10 ans qu’il prend goût au dessin. Ainsi, c’est en 1976 qu’il réalise son premier vrai manga : Miuranger, dessiné au crayon ; ce manga de super héros, dont le nom sonne comme Himitsu Sentai Goranger (1975, la première série de Sentai de la Toei) mélangé avec son nom de famille, compte le nombre colossal de 40 tankoubon/volumes. Si cela en dit long sur le succès de cette petite BD dessinée dans des cahiers auprès de ses camarades de classe, c’est surtout une très bonne école qui va lui permettre d’évoluer rapidement dans son style. Ainsi, dès l’année suivante, il encrera ses manga, Ken e no Michi/La Voie de l’Épée est son premier essai. Ce petit manga est très probablement inspiré par Dororo, le classique d’Osamu Tezuka. C’est aussi à cette époque que le petit Kentarou se met à lire le Shonen Magazine de la Kodansha et le Shonen Jump de la Shueisha ; une série de ce dernier marquera son esprit un peu plus tard : le célèbre Hokuto no Ken de Buronson et Tetsuo Hara, mais nous y reviendrons. En 1979 notre petit génie du dessin rentre au collège, il a 13 ans et il commence à étudier la technique dans les livres, son style évolue peu à peu vers ce qu’on lui connaît aujourd’hui, influencé par des peintres classiques comme Bruegel le Jeune (1564-1638) et Gustave Doré (1832-1883) (son obsession pour les représentations de l’enfer très sûrement…) et des illustrateurs comme Frank Frazetta (1928). En 1982 il rentre dans la section art de son collège, c’est cette même année qu’il publie son premier doujinshi, un recueil collectif publié par l’établissement, ses amis de cette époque seront les modèles des personnages de la Taka no Dan/Band of Hawks. En 1985 Miura rentre au Nichigei, l’école d’art de la célèbre Nihon University/Nihon Daigaku connue par les Japonais sous le sobriquet de Nichidai (cette université est la plus grande du Japon, sa principale concurrente est la célèbre université de Tokyo, Todai). Son nom commence à faire son chemin dans les couloirs de l’université car deux des manga réalisés pendant cette année, Futanabi (le manga avec lequel il est rentré à Nishigei) et Noa, sont publiés par le Shonen Magazine. Le premier est même nominé pour le prix du meilleur nouvel auteur de la Kodansha. Mais catastrophe, suite à un problème avec l’éditeur, Noa, qui devait devenir une série régulière, est purement est simplement annulée. L’auteur rentre alors dans un trou noir qui durera trois ans : son nom est probablement sur une liste noire d’auteurs caractériels à éviter et il se concentre donc sur ses études. Grand bien lui fait puisqu’il sort de cette mauvaise passe en 1988 avec le manga de 48 pages connu sous le nom de Berserk Prototype, ce petit chef-d’œuvre lui fait gagner un prix de la prestigieuse Comi Manga School et lui donne un gros coup de projecteur. Kentarou se lance donc dans le grand bain en 1989 ; son diplôme en poche, il rentre chez Hakusensha avec un contrat pour un one-shot (cette ancienne branche de la Shueisha est le troisième éditeur de manga nippons avec comme fer de lance le célébrissime magazine de shoujo Hana to Yume/Fleur et Rêve – Fruits Basket, Angel Sanctuary). Le débutant est un chanceux, puisque Oh Roh est à la fois un des titres de lancement du « nouveau » magazine du groupe, Animal House, (une référence évidente au classique de la comédie de 1978 réalisée par John Landis avec en vedette toute l’équipe de l’émission de TV culte National Lampoon) et une collaboration avec le scénariste vedette Yoshiuki Okamura, mieux connu sous son pseudo de Buronson (et pour sa moustache qui rappelle celle d’un certain Charles B.). Oh Roh est une histoire de voyage temporel au temps des samurais (l’histoire se déroule au Xixia, l’antique Corée en 1212) : l’histoire n’est donc pas très originale, mais le scénariste de Sanctuary et Souten no Ken est assez connu pour pouvoir se faire plaisir quand il a un dessinateur qui assure derrière. Ce manga est donc une vitrine du talent de Kentarou Miura qui, le succès aidant, peut même continuer l’aventure avec un nouveau one-shot de Buronson l’année suivante : Oh Roh Den, la suite des aventures du Roi des Loups. Ce qui devait être un petit manga pour tester un jeune auteur talentueux et débaucher le grand Buronson (qui travaillait encore l’année passée sur le Hokuto no Ken de la Shueisha) devient donc une série régulière un temps. On suppose que Buronson a demandé une rallonge (qui a été refusée) ou que Miura a demandé à pouvoir voler de ses propres ailes, mais le résultat est le même : Berserk voit le jour en 1990. Cette histoire de guerrier traumatisé à mi-chemin entre Conan (Howard), Elric (Moorcock) et Kenshirou mais dans un monde glauque rappelant la guerre de Cent Ans n’est pas un succès immédiat, la série plaît mais Miura peine à trouver ses marques. On lui reproche ses clins d’œil parfois trop poussés et son anatomie bancale. Ainsi, la scène d’ouverture du manga est un hommage au Conan the Barbarian /Conan le Barbare de 1982 (réalisé par John Milius), Puck l’elfe malicieux et philosophe porte le nom du héros de A Mid Summer Night’s Dream/Le Songe d’une nuit d’été, la pièce de William Shakespeare (c’est aussi un jeu de mot sur Paku, une onomatopée de l’appétit, ou plutôt de la goinfrerie), et les personnages ressemblent beaucoup trop à ceux de Oh Roh. On trouve aussi des appels du pied à l’Excalibur de John Boorman (1981), à la série Evil Dead de Sam Raimi (1981, 1987, 1993) ou à la série de romans de Dark Fantasy : Guin Saga de Kaoru Kurimoto (une série à rallonge de déjà plus de 80 volumes sur les 100 prévus au total, l’auteur est recordman du genre). Gatsu lui-même est basé sur le personnage de Rutger Hauer dans Flesh and Blood/La Chair et le Sang, le film de Paul Verhoeven de 1985, mixé finement avec Götz von Berlichingen (1480-1562), un chevalier rebelle allemand du Moyen Âge célèbre pour son bras artificiel (conservé au musée de Nümberg) et son attitude à la Robin des bois, et le personnage de Connor McLeod dans Highlander (Russell Mulcahy, 1986). L’auteur nie d’ailleurs avoir eu connaissance de l’existence du chevalier lors de la création du personnage. Il faudra donc attendre 1991 pour que les ventes du manga décollent. En 1992, Buronson propose un nouveau projet à Miura : Japan. Ce manga est un nouveau one-shot qui ressemble à un renvoi d’ascenseur. Buronson est alors le scénariste régulier de Sanctuary (1990-1995, Big Comic Superior, Shogakukan), série réalisée en collaboration avec Ryoichi Ikegami (Crying Freeman), l’un de ses dessinateurs fétiches avec Tetsuo Hara et Tsuyoshi Adachi (Mushimushi Korokoro, Go for Break). Japan lui permet de s’aérer la tête en envoyant un yakuza amoureux d’une journaliste dans un Japon médiéval sanglant, un vrai petit bonheur qui mériterait une VF d’urgence ! L’après Japan est facile à deviner : Berserk, Berserk, Berserk : Miura se concentre sur sa série et met la tête dans le guidon, avec le changement de nom d’Animal House en Young Animal en 1992 (Young Animal est un cas unique dans l’histoire de la BD. Né Shonen Jet en 1981, le magazine change de nom et de cible de 1989 mais conserve le nom du magazine d’origine pour sa collection de manga : Jet Comics), il n’a plus beaucoup de temps à perdre. Si le magazine n’est que bimensuel, c’est quand même un boulot énorme (l’auteur se permet donc parfois des pauses dans la publication de Berserk pour ne pas craquer, ce qui explique le faible nombre de volumes : moins de deux par an). Le manga est bien sûr la principale source de revenu de Kentarou, mais à partir de 1997 et la diffusion de la série TV (sur Nippon TV après minuit), les choses s’accélèrent, arts books, trading cards, collectible card game/jeu de cartes à collectionner, jouets (La gamme Art of War de Yamato distribuée par Toycom aux USA et plein de peluches, de gatchapons et de porte-clés) et jeux vidéo font maintenant partie du quotidien des fans. En 2002 Kentarou Miura a reçu le second prix (le premier était Takehiko Inoue pour Vagabond) du plus grand concours professionnel japonais : le Osamu Tezuka Culture Award. Pas si mal pour un manga hyperviolent sans scénario…
Morts, Thèmes et Tabous
En tant qu’analyse thématique, cette partie de l’article contient de fait un nombre colossal de spoilers, lisez la suite à vos risques et périls. Réduire Berserk à une suite de viols permettant l’évolution psychologique d’un héros primaire à la psychologie enfantine enfermé dans un corps d’adulte est un peu facile. Oui Gatsu est tourmenté, perdu, profondément dépressif même à partir du volume 14 (souvent considéré comme le vrai début de l’histoire. Oui 14 volumes d’exposition, c’est un poil long…) L’auteur ayant fait le point sur la jeunesse du héros à partir du volume 03 (c’est le cycle du Golden Age/Age d’Or, il y a une petite annexe sur les différents cycles du manga à la fin de cet article) et ayant mis en lumière les fêlures du personnage, il lui donne de l’épaisseur en le transformant en tueur sans âme qui se coupe des réalités en ne pensant plus qu’à l’essentiel (tout le reste est bien trop douloureux pour faire autrement). Sur le papier le héros de Miura a tout pour devenir un monstre psychopathe, son nom Gatsu (une autre onomatopée de la goinfrerie), souvent traduit Guts (tripes en anglais) annonce la couleur (Gatsu/Guts est probablement aussi un clin d’œil aux séries de super héros chères Miura, GUTS est un terme clé de la saga Ultraman où c’est soit un cri du héros, soit le nom d’une organisation : la Global Unlimited Task Force ou G.U.T.S.. Le mot est aussi utilisé dans de nombreuses séries sentai lors de la transformation des héros ou pour figurer l’essence de leurs pouvoirs, c’est une tarte à la crème). Orphelin de guerre, abandonné sur la route à peine né, enfanté par une mère inconnue pendue sur le bord de la route, Gatsu est issu de la mort, un symbole maléfique (et magique) puissant. Gatsu est ainsi adopté par un mercenaire, Gambino qui ne le considérera jamais vraiment comme son fils, mais plus comme un outil, un investissement sur l’avenir. En effet, il lui reproche la mort de Shisu, sa compagne, emportée par la peste peu après l’avoir adoptée (elle venait de perdre son propre enfant). Pour se venger, il n’hésitera pas à le vendre à l’un de ses hommes, Donovan, qui violera notre jeune héros alors qu’il est à peine âgé de neuf ans. Gravement traumatisé (on le serait pour moins…), il tuera son père adoptif deux ans plus tard (en état de légitime défense), peu après avoir appris la transaction qui le liait à Donovan. Le jeune Gatsu suit ensuite les traces de Gambino en devenant un enfant soldat vendant ses talents de tueur au plus offrant. Il massacre à tour de bras sur les champs de bataille entre 11 et 15 ans, jusqu’à sa rencontre avec Griffith et sa Taka no Dan/Band of Hawks après avoir vaincu Basuzo et montré son extraordinaire force. Il en devient un membre (un jeune faucon, ET oui c’est fait exprès…) dans la foulée, et rencontre Griffith, Casca et Rickert. Le jeune mercenaire trouve une famille et il y gagne un statut social, des amis, de l’amour. Malgré des relations tumultueuse avec Griffith qu’il considère à la fois comme son meilleur ami et comme un rival, Gatsu mène une vie assez heureuse entre champs de bataille et vie de campement. La routine domine son quotidien jusqu’à la Nuit de l’Eclipse, le moment clé du manga ou Griffith devient Femto le cinquième membre de la God Hand, la main de dieu et où il viole Casca, la femme que Gatsu aime. Pour que les choses soient encore plus horribles, Casca est bien sûr enceinte de Gatsu et leur enfant sera corrompu par la semence de cet apôtre du mal. Pendant cette nuit, Gatsu perds son bras gauche et l’œil droit ainsi que Casca qui errera brisée, détruite par le viol et l’aspect de son enfant. Chose amusante l’armurier qui va donner son épée et son nouveau bras multifonction à Gatsu est nommé Godot, comme le personnage central mais invisible de la pièce de Becket (Waiting for Godot/En attendant Godot). Godot est l’homme qui va donner à notre héros les armes pour lutter contre le mal, une lueur d’espoir dans la dévastation de la Guerre de Cent Ans mais aussi un vendeur de mort. La thématique du viol comme élément fondateur est donc comme vous pouvez le voir aisément, fondatrice dans ce manga. Elle permet à Gatsu d’évoluer, elle le fait changer, mûrir, elle le transforme peu à peu en Black Swordman, ce guerrier maudit marqué par le mal et poursuivi par ses pires cauchemars même quand il est éveillé (la marque permet d’affranchir la séparation entre les plans physique et astral). Cette thématique est d’autant plus forte quand on sait qu’à 15 ans Griffith a vendu ses faveurs à Gennon pour se faire trésor de guerre et créer les Taka no Dan et que son histoire d’ « amour » avec la jeune Princesse Charlotte est loin d’être innocente (elle est tellement pure que leur première nuit est presque un viol, tant ses intentions sont noires). Et si le viol n’était tout simplement que le mal absolu aux yeux de l’auteur ? Un autre élément troublant de l’histoire est la disparition mystérieuse de l’enfant de Casca, cet antéchrist qui vient hanter Gatsu mais on se sait pas vraiment s’il est mort ou non (après tout c’est un demi-dieu), c’est le réceptacle de l’âme de Femto, mais lui reste t-il toujours une conscience propre, à t’il complètement disparu de ce plan d’existence, n’est t-il qu’un fantôme qui hante les rêves de ses parents ?
Tous des Monstres ?
Faut-il être un monstre pour apprécier Berserk puisque c’est une histoire de mal et de mort qui accumule autant de pathos que de morts ? Berserk est un manga au style réaliste (c’est plus long à dessiner et donc rare au Japon, Hajime no Ippo -Jyoji Morikawa - à commencé à peu près en même temps que Berserk en est au volume 79) qui sort du lot dans la production japonaise (c’est d’ailleurs assez amusant de voir qu’il a été primé en même temps que les aventure du Musashi Miyamoto d’Inoue), qui selon son auteur est une métaphore de la lutte du bien contre le mal. Pour l’auteur, le monde n’est pas en noir et blanc, mais en nuances de gris (très foncé) et le vrai danger est le mal qui n’annonce pas ses vraies couleurs, celui qui s’insinue dans votre cœur par ses mensonges et ses flatteries, le mal de tout les jours, celui qu’on oublie. Griffith emprunte autant à Napoléon qu’à César et Hitler et Kentarou s’amuse à faire des clins d’œil aux trois hommes au fil des pages. Qu’est ce qu’un faucon si ce n’est un petit aigle après tout… La soif du mal de Griffith/Femto/Griffith (l’homme, le dieu, le demi-dieu réincarné) est une réflexion profonde de l’auteur dont la réflexion balance entre Socrate, Nietzsche et Kant pour définir cette notion de mal absolu, l’Idea of Evil et sa God Hand. Il a d’ailleurs si bien tenté de définir ce mal absolu vers lequel tend Griffith qu’il a rédigé un chapitre complet qui n’est rien qu’un dialogue entre L’Idea of Evil, le dieu du mal de Berserk (qui n’est que le dieu rêvé par l’humanité, reflet de la noirceur de l’âme humaine) et Griffith avant son ascension en Femto : c’est le fameux chapitre 83 qui manque dans les reliures. Ce Chapitre a été consciencieusement excisé de l’histoire pour ne pas en révéler trop sur ce personnage et sur le concept même du manga. Si vous êtes curieux, cherchez un peu dans les liens fournis et vous trouverez cette petite merveille qui confirme la fascination de l’auteur pour les représentations de l’enfer et son obsession pour le mal absolu (c’est d’ailleurs étrange de ne pas voir Ieronimus Bosch dans la liste de ses peintres préférés). Young Animal est un magazine pour jeunes hommes de plus de 15 ans avec des séries qui sont très clairement destinées à des ados qui se cherchent encore sexuellement et moralement. La ligne éditoriale du magazine est essentiellement centrée sur des titres pantsu. Citons des séries représentatives du titre comme Futari Ecchi/Step Up – Love Story (Aki Katsu –Psychic Academy, Angel Hard-), Ai Yori Aoshi/Bleu Indigo (Kou Fumizuki), Yubisaki Milk Tea (Tomochika Miyano) ou Chocotto Sister (Go Zappa et Sakura Takeuchi), pour créer un panel assez large pour donner une idée juste de la cible. On y trouve aussi pas mal de baston avec en plus de Berserk, le Air Master de Yokusaru Shibata en tête de gondole. Le titre est donc au centre d’un magazine dont les thématiques sont beaucoup de sexe et (un peu) de violence, Young Animal annonce d’ailleurs clairement la couleur avec sa pin-up en maillot sur la couverture : pas de fausse publicité ! Histoire de vous faire un peu peur (si vous êtes pudibonds), le magazine est vendu sur le même rayonnage que les autres magazines avec Young dedans et une bimbo en couverture : Young Magazine (Kodansha, 3x3 Eyes, Akira, Chobits) et Young Jump (Shueisha, Gantz, Zetman, Addicted to Curry) en tête. Les titres de ces magazines étant vendus tantôt comme du shounen, tantôt comme du seinen partout dans le monde, je vous laisse à vos réflexions sur la maturité du lectorat du manga !
Berserk : Cycles et Moteurs
1- Black Swordsman Arc : Volumes 01-03 2- Golden Age Arc : Volumes 03-14 3- Retribution Arc : Volumes 14-21 Partie 1 : Chapter of Lost Children (V.14-16) Partie 2 : Chapter of the Binding (V.16-17) Partie 3 : Chapter of the Birth Festival (V.17-21) 4- Millennium Falcon Arc : 22- 3x Partie 1 : Chapter of the Holy Evil War Chronicle (V.22-27) Partie 2 : Chapter of Falconia Begins (V.27-3x)
Le rythme du manga baisse énormément pendant le Cycle de la Rétribution, au point que certains fans ont tout simplement arrêté de lire le manga en attendant le cycle suivant tant la dépression de Gatsu et les aventures de ses nouveaux compagnons manquent parfois d’intérêt à leurs yeux. En fait ça en dit plus long sur le lectorat de Berserk qu’autre chose : ce qu’ils veulent c’est du sang, point final… L’avis de maître sur le sujet semble clair puisque le nom de son studio (GAGA) est un clin d’oeil à Queen et à son hymne contre la bouillie radiophonique, Radio Ga Ga à moins que ce ne soit un signe de son humour juvénile.
Bibliographie
– Miuranger (1976)
– Ken e no Michi/The Way of the Sword (1977)
– Futanabi (1985, Kodansha) – Noa (1985, Kodansha)
– Berserk Prototype (1988)
– Oh Roh/The King of Wolves (1989, Hakusensha, Animal House)
– Berserk (1990-20xx, 32 volumes pour le moment, Hakusensha, Animal House/Young Animal, Jet Comics)
– Oh Roh Den/The Legend Of The Wolf King (1990 Hakusensha, Animal House, Jet Comics)
– Japan (1992 Hakusensha, Young Animal, Jet Comics)
– Berserk Illustrations File (1997, Hakusensha)
– Berserk Guide Book (1998, Hakusensha, sur l’anime)
– War Cry : Berserk Post Card Book (1998, Hakusensha)
– Berserk Millennium Falcon Arc Chapter of the Flower of Oblivion : Visual & Story File (1999, Hakusensha, avec des infos sur le jeu Dreamcast)
Anime
– Kenpuu Denki Berserk/ Legendary Swordsman Berserk (1997-1998, Studio Vap, OLM, Nippon TV, 25 épisodes réalisés par Naohito Takahashi, la série est sortie en DVD en 2002)
La rumeur d’une suite adaptant les volumes 14 et plus du manga reste persistante, compte tenu que l’auteur est pour et que la seule raison pour laquelle la série TV d’origine s’est arrêtée est le manque de contenu (le manga faisait 14 volumes à l’époque et pour des raisons de budget et de durée, seule l’histoire des volumes 1 à 8 est respectée, le reste de la saison reprend ensuite les moments clés des volumes suivants à l’exception du volume 11). Cette rumeur est largement infondée, désolé !
Jeux Vidéo
– Beruseruku Sen Mireniamu Farukon Hen Wasure Hana no Shou / Berserk Millennium Falcon Arc : Chapter of the Oblivion Flower alias Sword of the Berserk : Guts’ Rage (1999, Dreamcast, Yuke/ASCII, distribué par Eidos aux USA et en Europe en 2000, l’histoire du jeu a lieu entre les volumes 22 et 23)
– Berserk Millennium Falcon Arc Seimasenki no Sho /Berserk Millennium Falcon Arc : Chapter of the Record of the Holy Demon War (2004, PS2, Yuke/Sammy, reprend l’histoire des volumes 22 à 27, il existe une version luxe du jeu : la Branded Box Limited Edition)
Musique
–1997 – Berserk – Forces Single (Susumu Hirasawa)
–1997 – Berserk TV OP & ED Single (Tell Me Why – TYPHOON24 feat. Tatsuzo of YKZ et Waiting So Long – The Silver Fins)
–1997 – Berserk OST (Susumu Hirasawa, 12 morceaux)
–1999 – Susumu Hirasawa with Kentaro Miura – Sword of the Berserk – Guts’ Rage (DC Game OST, 13 morceaux)
–2004 – Berserk – Chapter of the Millennium Falcon – Record of the Holy Evil War Chapter (PS2 Game OST, opening song de Susumu Hirasawa, les 21 autres morceaux sont réalisés par l’équipe Yasushi Hasegawa, Shinya Chikamori, Hiroshi Watanabe, Tomoyo Nishimoto).
Le gros de la musique de l’anime et des jeux vidéo est réalisé par la superstar de l’électro Susumu Hirasawa (P-model). Si vous aimez Forces, le morceau le plus connu, vous aimerez 90 % de la production de ce musicien : foncez écouter ça !
Internet
http://www.younganimal.com/berserk/
— > site officiel (en japonais, avec de superbes wallpapers)
— > L’indispensable encyclopédie (en anglais)
http://www.artelio.org/spip.php ?article15
— > Analyse de l’arrivée du manga en France (avec deux, trois infos sur les scantrads)
http://www.berserkchronicles.com/
— > Fansite (en anglais et en italien, lisez l’interview !)
http://www.thespectrum.net/berserk_info_creator.shtml
— > Interview (en anglais)
http://chaosunion.com/hirasawa/e/
— > Site de Susumu Hirasawa (avec du mp3 gratos pour découvrir)
Kurama Tengu






