
A notre grand dam, aujourd’hui dans l’opinion publique et surtout dans les reportages à la télé, le manga est «un phénomène commercial et de mode pour enfants et adolescents, de la littérature populaire et bas de gamme», en bref, de la BD et de la littérature poubelle qui marche sur les plates-bandes de la sacro-sainte BD européenne. Bon là, j’exagère un peu, mais pas tant que ça. Aujourd’hui, présentez vous dans une école d’art en ayant un style inspiré par le manga, (il n’est pas nécessaire que ce soit le style «très grands yeux avec un nez en triangle et des cheveux géométriques», un style "inspiré" suffit) et vous vous trouvez souvent refoulé par la plupart des professeurs d’art et de BD "traditionnelle" qui vous diront, qu’en gros, le manga ils n’en veulent pas, que c’est de la BD trop codée et qu’on ne peut rien faire "d’artistique" avec! Quand on m’a dit ça, j’avoue que je n’ai pas compris. Puis après, j’ai réalisé qu’en fait, c’était l’opinion de la plupart des gens qui ne connaissent du manga que ce qu’ils en entendent à la télé ou dans les magazines, ou ce qu’ils en voient dans les pubs, c’est à dire pas que des choses valorisantes... Disons le franchement, l’opinion publique, en dehors de pas mal de jeunes, dénigre les mangas. Dans les médias, on a droit à "les mangas sont pour les enfants", "les mangas, c’est de la régression", "le manga, ça pousse à devenir gothique et/ou marginal" et dans les grandes surfaces et dans les pubs on a droit à des étalages de Yu-Gi-Oh! et de Naruto à l’infini. Bref, le manga, dans l’esprit des gens, c’est mal.
Voici donc pourquoi j’écris cet article, principalement adressé à ceux qui ne connaissent pas les mangas, à ceux qui rejettent le manga sans en avoir pourtant ouvert un seul, aux parents qui s’inquiètent de voir leurs enfants s’intéresser à ça. (Si vous êtes un lecteur de Shogun, amateur de manga, mais si vous connaissez des gens dans ces cas là, présentez leur donc cet article.) Loin de moi l’idée de vous accuser de tous les maux, de vous dire que vous êtes tous cruels et que nous ne sommes que des incompris. Il se peut que vous n’aimiez pas le manga à cause du format, j’en connais, je comprends: on peut ne pas aimer le coté noir et blanc, et petites pages, (on peut aussi ne pas aimer lire de droite à gauche), vous pouvez aussi ne pas aimer le coté "longues séries d’environ 10 tomes" des mangas. Cependant, si vous avez réussi à lire Corto Maltese sans difficulté , même si vous n’aimez pas lire de droite à gauche, vous devriez arriver à apprécier des mangas , car il existe une flopée de manga qui se lisent dans le sens de lecture européen. Il ne me reste plus qu’à vous convaincre, que les mangas ont autant de qualités que la BD européenne, et que c’est un art autant que cette dernière.
Voyons un peu ce que disent les parents quand on leur demande pourquoi ils ne veulent pas que leur progéniture bien-aimé lise des mangas : beaucoup disent "C’est trop violent." Ah ha! Premier point: entre les Chroniques de la Lune Noire (BD européenne d’Heroic Fantasy) , Rapaces (BD européenne parlant de vampires) et autres Lanfeust (toujours BD européenne d’Heroic Fantasy, mais plus connue celle-là), les mangas c’est pas vraiment pire que la Bande Dessinée européenne à ce niveau là, surtout si vous vous tournez vers des mangas tels Candy (Candy Candy), Do Re Mi (Ojamajo Doremi) ou Versailles no Bara (Lady Oscar pour les intimes) et en fait la plupart des "shôjo" en général (comprenez mangas pour adolescentes), bon certes, c’est un peu restrictif, mais on peut également citer les mangas tels Sommelier (un manga sur le vin et l’oenologie), Yakitate Japan!!! (un manga sur le pain), Nana (un manga très populaire sur la vie de deux jeunes filles amatrices de rock), Paradise Kiss (un manga sur une fille qui s’intéresse au mannequinât), Hikaru no Go (un "shônen" -manga pour adolescents- sur le thème du jeu de Go), etc. Je pourrais en citer encore beaucoup où il n’y a pas une once de violence. Bien entendu, il Y A des mangas violents et/ou suggestifs (Bastard!!, Berserk, Battle Royale), mais il n y a aucune raison de généraliser à TOUS les mangas. Si vous êtes des parents qui vous inquiétez de la lecture de vos enfants, vous n’avez pas besoin de surveiller plus ce qu’il lit que ce qu’il regarde à la télé, le fait de vous intéresser à sa lecture peut d’ailleurs vous permettre de voir différents mangas, et peut être de vous-même vous initier à ces livres.
Les parents peuvent aussi dire des mangas :"C’est immoral." Quand on lit certains mangas comme Bastard!! ou Battle Royale (feuilletez les à votre Fnac la plus proche, vous verrez ce que je veux dire), pour ne citer que ceux-là, ce n’est pas faux, mais il y en a cependant un certain nombre qui ont au contraire un message moral derrière : je n’ai besoin que d’un seul exemple : les oeuvres de Hayao Miyazaki. Bon, lui vous ne le connaissez peut être pas, mais ses films Le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoke, Le Château Ambulant ou Nausicaa de la Vallée du Vent : vous en avez sûrement entendu parler. La majorité de ses oeuvres ont un message écologiste très fort pour nous inciter à préserver la nature et ne pas faire de développement urbain tout azimut. Il faut savoir aussi que les japonais ont une culture totalement différente de la notre, ce qui fait que ce qui est moral/immoral pour eux ne l’est pas forcément autant pour nous et vice versa. Selon beaucoup de personnes, les japonais seraient également plus détachés par rapport aux mangas : ils SAVENT souvent que ce n’est que de la lecture et sont donc moins sensibles à l’immoralité, par exemple.
Après, on a droit à du : "Le manga c’est pour les ados, c’est immature d’en lire". Certes, il n’est pas nécessaire d’avoir un age avancé pour lire Naruto (un manga sur un jeune et fougueux ninja) ou bien Card Captor Sakura (Une petite fille avec des cartes magiques), mais il existe dans les mangas la catégorie "Seinen", c’est à dire, les mangas pour adultes. Ne comprenez pas là des mangas pornographiques, mais bien des mangas adressés à un public mur, on peut citer Berserk (un manga sombre et assez horrible), Death Note (un polar fantastique, assez ardu et qui met nos neurones à rude épreuve). Ce sont en général des mangas ou la limite entre le bien et le mal n’est pas bien nette et qu’il faut être assez mur mentalement pour bien comprendre, de la même façon que certaines bande dessinées européennes, les personnages sont aussi souvent plus complexes, avec des intrigues souvent plus tordues. On peut aussi citer un manga hors catégorie qui est Bouddha d’Osamu Tezuka qui raconte... la vie de Bouddha! Ou bien Sommelier, un manga que j’ai cité plus haut, qui est sur le vin! Avouez que ce ne sont pas les thèmes qui sont habituellement destinés aux enfants.
Les médias peuvent aussi vous dire "Le manga n’est qu’un phénomène commercial, quelque chose qui n’est pas recherché, et qui n’est pas un art" (enfin en gros). Il faut d’abord savoir qu’au japon, les auteurs de manga, les "mangakas" comme on les appelle, travaillent sous une pression permanente, ne s’accordant presque jamais de vacances, et que malgré ça, ce n’est pas l’un des métiers les mieux payés du japon, alors ce n’est pas vraiment le choix que l’on ferait si on voulait juste vendre, certes, après, les éditeurs qui eux veulent surtout gagner de l’argent, vont tout faire pour vendre. Ensuite, au lieu de vous faire un très long discours sur le fait que certains mangas sont de vrais bijoux de graphismes, de scénario et de narration, je vais plutôt vous les citer pour que la prochaine fois que vous avez du temps en grande surfaces ou dans une librairie, vous les feuilletiez un peu par vous même:
Le Nouvel Angyo Onshi par Youn in-Wan et Yang Kyung-Il
(Des graphismes superbes, une histoire prenante, parsemée de références à la Corée médiévale)
GTO par Toruu Fujisawa
(L’humour n’est pas toujours très fin mais c’est une bonne satire de la société japonaise et de leur système éducatif : un portrait géant du japon)
Death Note par Tsugumi Ohba et Takeshi Obata
(Des dessins léchés avec un grand souci du détail, des personnages riches et complexes et un bon scénario avec un thème très actuel)
Monster par Naoki Urasawa
(Inclassable, l’histoire d’un médecin japonais en Allemagne qui poursuit un tueur en série et dont il se sent responsable)
Enfin, il y a un tel panel de styles chez les auteurs de manga, qu’on ne peut seulement parler du style graphique pour caractériser ce genre littéraire, il y a des codes graphiques récurrents certes, mais dans la BD européenne on en retrouve aussi. Loin de moi l’idée de vous faire croire que TOUS les mangas sont génialement bien faits, ont un scénario génial, etc. Il y a bien entendu, des mangas vraiment nuls de chez nul, comme il y a des BD européennes nulles de chez nul. C’est juste qu’en général, les mangas qui n’ont pas de succès au japon ne sont pas traduits en France. Et cet article est donc pour que l’opinion publique cesse de diaboliser le manga, qui n’est ni plus ni moins qu’un loisir comme les autres, des BD au même titre que les autres, et n’est dans ce sens ni pire, ni vraiment meilleur que les autres. Bref, si vous aimez la bande dessinée européenne, et que le noir et blanc ne vous rebute pas, vous trouverez certainement un manga qui vous "branche" et que vous aimerez, autant qu’il y en a que vous n’aimerez pas, pour des raisons plus ou moins objectives. Pour les parents: Non, votre enfant ne deviendra ni gothique ni marginal rien qu’en lisant des mangas, il ne s’habillera pas non plus forcément avec des trucs bizarres. Non, son QI ne descendra pas à celui d’un poulet. Non, ça ne diminue pas ses chances de rentrer en prépa maths (j’en suis la preuve vivante.) Non, ça ne diminue pas ses chances de trouver l’âme soeur et de vous donner plein de petits-enfants. Non, le manga n’est pas cancérigène et de donne pas de boutons XD!
Mais après tout ce long pavé sur les qualités du manga, je dirais quand même que le meilleur moyen de vous en rendre compte par vous même, c’est de vous laisser tenter et d’essayer un ou deux mangas, il y en a énormément de présentés en dehors des blockbusters, ouvrez donc celui dont la couverture vous attire ;)! (Je me suis concentrée surtout sur les parents, mais au fond, leurs inquiétudes sont fondées sur les opinions qu’ils partagent avec d’autres et donc cet article est aussi adressé aux dits autres.)
Notes du Correcteur :
Shoujo et Shounen sont destinés aux 6/8-15, Seinen et Redikomi/Josei aux 15+, si les titres comportent des scènes érotiques « poussées », ils rentrent dans des catégories spécialisées.
Death Note EST un shounen (Shonen Jump – Shueisha)







